Décès d’un petit garçon de 18 mois : les morsures de chien, un enjeu de santé publique

Le 6 mai dernier, un petit garçon de 18 mois est tué par l’American Staffordshire terrier de la famille alors à l'attache, un accident tragique qui justifie une prévention de grande envergure avec les principaux acteurs de la filière

Notre première pensée va à la famille de ce petit garçon avec l’envie d’hurler : « Plus jamais ça ».

Les vétérinaires possèdent un rôle de sentinelle

Il s’agit également du credo de la profession vétérinaire toute entière qui oeuvre depuis de nombreuses années déjà, pour informer l’ensemble des propriétaires de chiens sur la compréhension du comportement canin et l’harmonisation de la relation homme-chien.

Plus particulièrement en son sein, les vétérinaires comportementalistes s’appliquent à travers leur exercice quotidien, à évaluer et traiter la santé physique et émotionnelle des chiens en informant toujours mieux les maîtres.

Dans l’intérêt de l’animal bien entendu, mais également dans celui de la famille toute entière et de la société en général.

Le chien citoyen, une valeur essentielle

En effet, la notion de chien citoyen ne se présente plus à nous comme un lointain concept que l’on souhaiterait mettre en place mais bien une réalité à présent reconnue pour laquelle tout doit continuer d’être mis en œuvre pour mieux vivre avec nos animaux en société.

Fort conscient de l’enjeu cette nécessité, le monde cynophile tout entier s’y est attelé.

L’agressivité n’est pas une question de race

L’accident dramatique d’avant hier pointe cependant une fois de plus la mise en cause des chiens catégorisés par la loi sur les chiens dangereux. Or il est reconnu que l’agressivité chez le chien ne se réduit pas à une histoire de race mais qu’il s’agit d’une fonction comportementale normale parmi d’autres, au même titre que le comportement alimentaire ou sexuel par exemple.

C’est pourquoi, il est avant tout impératif d’en comprendre les déclencheurs et les mécanismes afin de mieux informer et prévenir.

Les résultats d’une enquête nationale

L’étude multicentrique réalisée au niveau national entre le 1er mai 2009 et le 30 juin 2010 au sein des urgences de huit grands hôpitaux, sous l’égide conjointe de l’INVS (Institut National de Veille Sanitaire) et de Zoopsy (Association de Zoopsychiatrie française) avait notamment révélé que la gravité des morsures n’était pas liée au sexe ou au type de chien selon les regroupements FCI (Fédération Cynologique Internationale), ni au type d’agression.

Les facteurs au contraire mis en évidence étant : la connaissance du chien par la victime dont 36 % de chiens vivant dans le foyer (les morsures faites par des chiens connus étant plus graves), l’âge de la victime (les adultes présentant des morsures plus graves que les enfants contrairement aux idées répandues) et dans une moindre mesure, au poids du chien (les morsures faites par des chiens de moins de 15 kg étant moins graves).

Les races les plus impliquées dans les cas de morsure étant le Labrador, le Berger allemand et le Jack Russel terrier, ces chiens entrant dans les 15 premières races des inscriptions au LOF (Livre des Origines Françaises).

La prévention au cœur de la lutte contre les morsures

Ainsi, une prévention réfléchie avec les acteurs clés que sont les éleveurs, les éducateurs canins, les vétérinaires mais également les municipalités en général (campagnes d’information auprès du grand public dont les écoles car les enfants doivent apprendre que le chien est un être vivant avec des réactions émotionnelles reconnaissables…) demeure le seul levier efficace pour sensibiliser les possesseurs de chiens sur les risques de morsure et les moyens de les éviter.

Le comportement canin reste une notion complexe qui résulte d’interactions multiples prenant en compte la santé physique, le tempérament hérité génétiquement mais également l’histoire personnelle et l’éducation de l’animal. Cette dernière entrant pour une part capitale dans la prévention des agressions lorsqu’elle est bien menée dès le plus jeune âge.

Toute manifestation inhabituelle doit constituer un signal d’alerte

Il est urgent et crucial de redire que toute manifestation inhabituelle de la part d’un chien (grognements, hypervigilance…) doit agir comme un signal d’alerte auprès de son maître et conduire ce dernier à consulter son vétérinaire de toute urgence.

Le chien comme l’humain demeure un être sensible. L’aimer c’est le comprendre et continuer d’œuvrer pour harmoniser la relation Homme-chien, c’est contribuer à maintenir la complicité du lien qui nous unie depuis des milliers d’années.

Par Laurence Dillière Lesseur, Docteur Vétérinaire Comportementaliste

Source : INVS – Facteurs de gravité des morsures de chien aux urgences. Enquête multicentrique, France, mai 2009-juin 2010

Crédit photo : © Shutterstock

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