Comprendre qui sont les chiens des SDF

Qualifiés souvent de compagnons d’infortune, les chiens des sans-abri sont bien adaptés à ce mode de vie malgré des situations à risque indéniables

Depuis ces dernières années, on observe une hausse constante du nombre de personnes sans domicile fixe. On constate parallèlement une nette augmentation du nombre d’animaux familiers, en particulier les chiens, accompagnant ces personnes.

Les travaux existant sur la relation qu’entretiennent les personnes de la rue avec leur chien, dont 80% d’entre elles seraient accompagnées, demeurent pléthoriques eu égard aux données disponibles sur ces animaux.

Une vétérinaire, le Dr Charline Garreau-Dupin a consacré son sujet de thèse de Doctorat Vétérinaire à l’étude de cette population canine. Les principaux résultats sont présentés ci-après.

La relation entre la personne et son chien

Deux sources majeures, les travaux de Christophe Blanchard, sociologue et Emmanuelle Riquet, Dr Vétérinaire, font ressortir que le chien est souvent le seul être vivant avec lequel la personne sans-abri entretient une véritable relation. La source d’affection représentée par l’animal potentialisant l’attachement ressenti par le maître pour son chien.

Facilitateur social ralliant également les groupes de SDF entre eux, source de protection et de valorisation dans un environnement insécure, le chien fournit à la personne isolée un but structurant fondamental : le soin et la responsabilité d’un autre être vivant.

Malheureusement, le chien devient aussi facilement dans ce contexte facteur de rejet, pouvant susciter par exemple la crainte en raison de la peur de l’animal lui-même ou des conditions d’hygiène défectueuses.

Enfin, la problématique majeure soulevée par ce binôme relationnel est sans aucun doute la difficulté d’accès au logement le moment venu, lorsque le chien habitué en permanence à la présence de son maître dans un milieu ouvert (la rue), se trouve tout à coup enfermé dans un logement avec des contraintes nouvelles. Le maître peut vite alors se trouver dans une situation à nouveau invivable pour lui, susceptible de le ramener à sa situation initiale.

Le chien représentant sans aucun doute un pilier majeur dans le processus de réinsertion de ces personnes en grande difficulté et en grande souffrance, Emmanuelle Piquet souligne l’importance d’une collaboration primordiale entre les services sociaux et les professionnels du chien. Elle explique notamment que sans cela, la prise en charge active du binôme maître–chien risque d’être vouée à l’échec.

Le bilan de l’étude

Participation

L’étude a intégré 33 maîtres d’une quarantaine d’années pour 38 chiens, la majorité de ces derniers étant constituée de mâles et de croisements de races. La morphologie globale des chiens est rustique et imposante, les caractéristiques comportementales globalement dociles avec cependant une forte propension au gardiennage. Les chiens ont en général été adoptés suite à un don autour de huit mois, la majorité ayant connu la vie en appartement.

Education des chiens

L’éducation de ces chiens ne révèle pas de véritable méthode mais une place importante du jeu, des consignes connues de la part de ceux-ci (commandes de base, marche en laisse), ainsi que parfois de la maltraitance de la part de quelques maîtres, non généralisable.

Bilans physique et comportemental

Les animaux sont bien suivis médicalement surtout en matière de prévention et étonnamment, surtout en cabinet privé. Les maladies principales sont du parasitisme, de la maigreur et de l’obésité.

L’ensemble des chiens est sociable sauf dans quelques conditions particulières pour la moitié d’entre eux. Globalement les chiens deviennent facilement inquiets si leur propriétaire disparaît et ils réagissent peu aux stimulations variées, ce qui ce qui se comprend aisément.

Conclusion

Comme dans toute étude sociologique, les biais induits par l’échantillonnage de l’étude tendent à faire relativiser les conclusions. Cependant, on peut voir que les chiens s’adaptent comme ils le peuvent au mode de vie de leur maître et s’en sortent globalement bien même s’il subsiste des situations à risque que l’on ne peut ignorer.

La relation du sans-abri avec son chien est indéniablement très forte.

En échange, le chien bénéficie de soins vétérinaires réguliers aboutissant à un bilan médical positif. A ce sujet, il est important de signaler qu’il existe des structures dans lesquels les personnes sans ressources peuvent accéder gratuitement aux soins pour leur animal.

Malgré des pratiques éducatives légères, peu de troubles de comportement sont rapportés chez les chiens vivant dans la rue aux côtés de leur maître.

Il est indispensable de poursuivre les efforts dans le futur pour permettre la réinsertion de ces personnes aux côtés de leurs chiens.

L’amour de leur animal et la force de cette relation constituent de véritables leviers sur lesquels il est possible d’agir pour ce travail.

Travailler sur le binôme plutôt que sur l’Homme seul implique une prise en charge active avec le concours de l’ensemble des professionnels compétents. Ce qui signifie comprendre la souffrance de l’autre en balisant le chemin pour le rendre moins hostile.

Crédit photo : © Shutterstock

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