Nos chiens ont de la mémoire… mais comment celle-ci se manifeste-t-elle ?

Des scientifiques mettent en évidence des compétences comparables à celles de l’Homme

Nos chiens sont intelligents, plus personne n’en doute. Mais qu’en est-il de leur mémoire ? Peut-elle être comparée à la nôtre ?

C’est ce qu’une étude hongroise, par ailleurs controversée, et pour laquelle la principale difficulté a consisté à établir un protocole reproductible, a cherché à savoir. Les résultats* parus dans la revue Current Biology tenteraient à démontrer que les chiens possèderaient à notre instar une mémoire épisodique.

Qu’est-ce que la mémoire épisodique ?

La mémoire épisodique d’un individu correspond à la faculté pour celui-ci de se souvenir d’un évènement particulier associé au contexte dans lequel il est intervenu (date, lieu, émotion suscitée lors de l’évènement). Généralement, cette mémoire est réactivée par un élément déclencheur, faisant ainsi remonter à la surface le souvenir passé. Le fait de pouvoir tester de manière inattendue l’existence d’un souvenir qui a été encodé fortuitement constitue une caractéristique fondamentale de la mémoire épisodique.

Cette mémoire est donc réservée à des souvenirs marquants d’évènements passés, par opposition à la mémoire sémantique qui stocke les données générales du savoir et de la connaissance (culture, langage…). La mémoire épisodique ainsi que la mémoire sémantique constituent deux systèmes de représentation consciente à long terme.

Quel est le rôle de la mémoire épisodique ?

La mémoire épisodique permet par le biais de l’affect de relier entre eux les moments clés de l’existence de l’individu, qui tisse ainsi son histoire personnelle en lien avec une perception d’unité.

C’est également la mémoire épisodique qui permet de prévoir le lendemain (activation des mêmes circuits neuronaux). A terme cependant, les souvenirs épisodiques ont tendance à se transformer en connaissances générales, en raison de l’amalgame qui se produit entre les traits communs appartenant aux différents évènements vécus.

Comment tester l’existence d’une mémoire épisodique chez le chien ?

Comme il n’est pas possible de demander à un chien s’il se souvient de ce qui s’est passé quelques heures auparavant, pour tester l’hypothèse de l’existence d’une mémoire épisodique dans cette espèce, les auteurs de l’étude ont commencé par entrainer 17 chiens de races différentes à imiter le comportement humain avec une version modifiée de la méthode « fais comme moi ». Les animaux devaient ainsi reproduire la même action que leur maître (par exemple, sauter en l’air) sur commande (« vas-y »).

Les auteurs ont ensuite appris aux chiens un exercice simple (rester couché) sans tenir compte de l’apprentissage précédent. Puis pour voir si les chiens pouvaient reproduire le premier apprentissage et tester ainsi leur mémoire épisodique, les auteurs ont redonné aux chiens l’ordre « vas-y » après un certain laps de temps.

La durée de la mémoire épisodique des chiens serait de 24 heures

Selon Claudia Fuggaza, l’auteure principale de l’étude, les chiens entrainés avec cette méthode pourraient reproduire les actions de leur maître jusqu’à 24 heures après l’évènement, mais au delà leur mémoire s’amenuiserait.

Les limites et les bénéfices de cette étude

Le fait qu’en l’absence de motivation consciente pour retenir l’action du maître (les chiens n’étaient pas préparés à cette action mais elle leur a été rappelée par l’ordre « vas-y »), les chiens testés se soient exécutés sur commande pour reproduire celle-ci, démontre l’existence chez le chien d’une mémoire s’apparentant à la mémoire épisodique.

Cependant comme nous l’avons noté en préambule, la mémoire épisodique stricto sensu est un processus cognitif complexe qui prend en compte de nombreux paramètres en dehors de l’action, tels que la date de l’évènement, son lieu, les différents protagonistes présents, ou encore les émotions suscitées par celui-ci…

Dans le cas présent, pour Gema Martin-Ordas, la chercheuse en neurosciences de l’université de Newcastle, l’étude mettrait donc essentiellement en évidence chez le chien l’existence d’une mémoire de l’action sans intégrer les autres variables inhérentes à la mémoire épisodique. Pour celle-ci, les conclusions de cette étude sont tout de même intéressantes.

Enfin, les résultats de cette étude ont fait dire aux scientifiques que cette expérience pourrait permettre de tester l’existence d’une mémoire épisodique chez d’autres animaux « entrainables ». Mais également que le chien pourrait être un modèle animal adapté à l’étude du système cognitif de l’Homme.

Crédit photo : Shutterstock

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