Comportement social du chien domestique : la sociabilité du chien à l’égard de l’Homme serait expliquée par cinq gènes

Ce que révèle une étude récente publiée dans la revue Scientific Reports

Nous savons que tout comportement résulte de l’interaction étroite existant entre les capacités héritées par l’individu et ses influences environnementales. Les proportions des influences respectives de la génétique et de l’environnement étant variables en fonction des critères et des auteurs.

Les différences de comportement entre le loup et le chien

Le processus de domestication canine qui a démarré il y a 15000 ans environ, largement étudié au cours des dernières années et davantage encore depuis l’essor considérable des neurosciences a révélé des différences majeures entre le comportement du Loup dont serait issu Canis lupus familiaris, notre chien domestique, et celui de ce dernier lui-même.

Ce qui a d’ailleurs contribué à faire dire à nombre d’auteurs que le modèle comportemental du loup ne pouvait être extrapolé au chien, notamment en matière de hiérarchie.

Il est vrai cependant qu’au moins deux différences comportementales majeures séparent nos chiens domestiques de leurs ancêtres les loups.

Contrairement au Loup, le Chien se montre en effet particulièrement réceptif aux signaux émis par l’humain : entre autres, celui-ci interprète parfaitement la signification du pointage du doigt. Tous les maîtres de chiens le savent et l’expérimentent chaque jour. Par exemple, un chien se dirigera spontanément vers son panier lorsque son maître pointera celui-ci du doigt, sauf consigne contraire émise, de manière volontaire ou involontaire, par ce dernier.

Par ailleurs, au cours d’une tâche complexe, le chien a tendance à rechercher l’aide de l’Homme avec le regard. De la même manière, dans la vie quotidienne, un chien pourra chercher son maître du regard si par exemple, sa gamelle d’eau est vide et qu’il a soif.

Les données scientifiques publiées le 22 septembre 2016 dans la revue Scientific Reports du groupe Nature

L’équipe de Per Jensen de l’Université de Linköping en Suède qui a étudié le comportement de 500 chiens de race Beagle – une race d’origine anglaise – est parvenu à la conclusion que le chien sollicite l’aide humaine du regard en proposant aux chiens de son étude trois récipients différents clos par un couvercle. Celui d’un des trois récipients étant scellé, seule l’aide d’un humain pouvait permettre aux chiens de le retirer.

Les chercheurs ont alors pu constater que certains des chiens recherchaient le contact visuel de l’Homme afin de solliciter son aide.

Sur le plan de l’évolution des comportements, d’après Per Jensen : “cela prouve l’effet important de la domestication ”. En effet, le loup ne recherchera à aucun moment le regard de l’Homme pour résoudre cette tâche et essaiera de se débrouiller seul.

Mais la grande nouveauté concerne surtout la validation de l’origine génétique de la sociabilité du chien envers l’humain.

En effet, les chercheurs ont réussi à localiser sur le génome les variations génétiques associées à ce “comportement de sollicitation d’aide par le regard“, en étudiant le génome de 200 beagles.

Ils sont parvenus à la conclusion que cinq gènes situés en deux régions du génome seraient impliqués dans l’expression de ce comportement.

Per Jensen a déclaré : “Nos résultats sont les premiers à identifier des gènes qui peuvent être responsables du changement de comportement social des chiens depuis la domestication ”.

L’hypothèse du chercheur est soit qu’une mutation de ces gènes a eu lieu chez le chien au cours de la domestication, soit que ces gènes sont également présents chez le loup mais avec une fréquence largement moindre.

Les premiers chiens domestiqués auraient sans doute été choisis par l’Homme pour leur faculté singulière de sociabilité, justifiée par la présence de cette variation génétique, celle-ci se transmettant ensuite de génération en génération. En toute logique, celle-ci s’est ensuite retrouvée au bout de 15000 ans de façon prépondérante dans la population canine.

Au cours de ses recherches, Per Jensen a également abouti à la conclusion que quatre de ces gènes seraient impliqués dans des troubles du comportement social chez l’humain (autisme notamment): “Cela suggère qu’il peut y avoir une base génétique commune pour le comportement social chez les chiens et les humains”, explique-t-il.

L’environnement reste capital

Si la génétique paraît à présent clairement impliquée dans la sociabilité du chien envers l’Homme, il n’en demeure pas moins que l’environnement conserve une influence majeure, ne serait-ce qu’en matière d’optimisation ou de répression de l’expression génétique des comportements.

Les expériences précoces jouant notamment un rôle déterminant dans la familiarisation du chien à l’humain.

L’application première étant représentée par le chien de famille : dans ce cas, il est vivement recommandé que le chiot soit confronté à la présence d’enfants dès son plus jeune âge et ceci avant 3-4 mois, puis régulièrement tout au long de sa vie ; les éleveurs par leurs conditions d’élevage et les vétérinaires par leur rôle d’information et de prévention lors des premières visites vaccinales, constituant des acteurs clés dans ce processus.

Par ailleurs, les contacts chien-enfant(s) devront toujours rester apaisants, ludiques et régulés et un enfant ne devra jamais être laissé seul avec un chien sans la surveillance active d’un adulte.

Crédit photos : Shutterstock

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